• Patrick Cabasset

Sofien Abed : l'Ecologie Solidaire

Dernière mise à jour : oct. 20

Créatif brillant et décidé, Sofien Abed a suivi des formations et acquis une expérience que beaucoup lui envie. C’est dans le cadre du « Mode Show 1 », défilé événement qu’il conçoit au service du Secours Populaire Français, qu’il detaille ici son parcours.


Sofien Abed

Né à Tourcoing, Sofien Abed a poursuivi quasiment l’ensemble de ses études dans le périmètre de la métropole lilloise. Agé de 26 ans, ce jeune directeur artistique s’active actuellement dans les locaux du Secours Populaire de Roubaix, à la tête d’une petite équipe formidable. C’est là qu’il conçoit une collection entièrement réalisée à partir de vêtements et de tissus récupérés, nettoyés, retournés, réactualisés. Une ligne créative composée de 25 silhouettes entièrement recyclées et inédites. Une démarche qui correspond idéalement aux critères salutaires du développement durable et de la protection de l’environnement.

Passionné très tôt par les arts plastiques, Sofien se dirige après le collège vers l’ESAAT (école supérieure des arts appliqués) de Roubaix. Réussissant le concours d’entrée, il y passe ses années de lycée dans un environnement ouvert à tous les types de créativité, jusqu’à son baccalauréat Arts Appliqués. C’est aussi là qu’il s’inscrit en BTS Textile, Design de Mode et Environnement. Diplôme qu’il obtient en 2015.

S’inscrivant sans trop y croire au concours d’entrée à l’école nationale supérieure des arts visuels de La Cambre à Bruxelles, il a la surprise d’y être admis. Là, il va développer davantage encore son côté créatif à travers une approche plus spécifique du volume. Peaufinant son propre univers, il y reste deux années. Le temps de voir naitre sa véritable envie : celle de se diriger vers le prêt-à-porter masculin haut de gamme. Constatant au passage son manque de connaissances techniques dans ce domaine spécifique et son besoin de rigueur, il décide alors de s’inscrire à Esmod Roubaix. Il y complète son cursus en stylisme et modélisme, entre 2017 et 2018. Deux années d’Esmod bien remplies qui lui permettent également d’accéder à des stages chez Etam, Christian Lacroix et chez Céline. Dès 2017, il remporte d’ailleurs le prix de La Redoute Talents. A la fin de son parcours universitaire en 2019, il est engagé auprès de Maxime Simoëns et travaille au studio sur les collections masculines du créateur. Toujours en 2019, sélectionné au Festival International des Jeunes Créateurs de Mode de Dinan, il y remporte le grand prix du public.


Sofien Abed au Festival de Dinan en 2019

Planet Esmod : A l’origine, pourquoi vous êtes-vous dirigé vers la mode ?

Sofien Abed : Au départ je voulais être décorateur, mais c’était un choix très personnel qui concernait surtout mon propre intérieur. Un truc un peu intime finalement. Donc afin de raconter les histoires qui m’habitaient, je me suis dirigé vers le vêtement et la mode. C’est plus facile d’accès pour tout le monde et peut-être plus maniable aussi. Mais plus tard j’aimerais associer la mode et l’architecture intérieure. L’idée de pouvoir décliner en deco mes propositions de vêtements reste ancrée en moi.


P. E. : Quels sont les atouts de chacune des écoles que vous avez fréquenté ?

S. A. : Techniquement, à l’ESAAT, j’ai commencé en textile sur des formats A4, en dessins à plat, essayant de raconter une histoire juste dans ce format. Je suis passé de ce travail en deux dimensions, aux trois dimensions au sein de La Cambre. C’était nouveau pour moi l’approche du volume. Il y avait aussi un côté très créatif, car nous partions de rien, il fallait se débrouiller pour trouver ses matières, les créer. Cela permet de devenir très autonome en terme de créativité.

A Esmod l’enseignement était plus encadré. Ce qui m’a permis d’acquérir davantage de rigueur dans l’organisation de mes projets. Mais aussi davantage de technique pure. C’est cette approche perfectionniste des patronages que je voulais posséder. Et que j’ai définitivement trouvée à Esmod.






P. E. : Si c’était à refaire, repasseriez-vous par les mêmes écoles ?

S. A. : Oui, définitivement. Car si j’ai trouvé mon côté créatif à la Cambre, je voulais être davantage canalisé et accéder à un savoir-faire plus abouti. J’avais besoin d’une vraie formation de modélisme. Pour ça, il n’y a qu’Esmod.


P. E. : Quels conseils donneriez-vous aux actuels étudiants d’Esmod ?

S. A. : Je leur dirais d’aller jusqu’au bout de leurs projets. Et de développer leur culture artistique. De creuser davantage tout l’aspect histoire de l’art par exemple. Quand on est étudiants, ça paraît accessoire, mais c’est ce qui nourri la créativité. C’est indispensable !


P. E. : Dans le cadre du Mode Show 1 comment c’est passé votre rencontre avec le Secours Populaire ?

S. A. : La responsable de la structure de Roubaix est venue assister à mon premier défilé dans le cadre de l’Hospice d’Havré. Elle m’a ensuite proposé un projet commun afin de réunir l’univers de la mode et le milieu associatif. Une première pour le Secours Populaire. Ensuite j’ai essayé de réunir dans ce projet plein de gens et de corps de métiers locaux différents, des tricoteurs, des brodeurs, etc.





P. E. : Avez-vous accès aux stocks de vêtements du Secours Populaire ?

S. A. : Oui, bien sûr. Cela permet de choisir ce qui peut être a nouveau utilisé. Par exemple pour les jeans, ceux en très mauvais état ont été décousus, remis à plat, nettoyés puis réassemblés en vêtements différents. Mais on a aussi reconstruits des vêtements plus classiques en réutilisant des parties utiles d’anciens produits afin de dessiner de nouveaux modèles. En tout, ce sont 25 silhouettes, composées de pièces uniques qui défileront.


P. E. : Comment imaginez-vous la suite de votre carrière ?

S. A. : J’aimerais bien poursuivre ce travail et imaginer un nouveau Mode Show l’année prochaine. Mais aussi développer ma propre marque. Mon travail personnel est d’ailleurs enrichi, depuis le départ, par des matériaux recyclés. Pour mon défilé, les dentelles par exemple venaient d’anciens stocks de Christian Lacroix. J’ai aussi particulièrement envie de développer davantage l’aspect communication autour de mon travail. De façon à mieux expliquer ce que je fais, à mieux me faire comprendre. Ainsi, dans le cadre du projet pour le Secours Populaire, nous allons créer une chaine You Tube afin d’expliquer notre démarche de A à Z.

P. E. : Dans quel état d’esprit avez-vous conçu cet événement ?

S. A. : Aujourd’hui, j’ai envie de faire rêver, surtout dans le contexte de cette crise sanitaire. Créer, avec une démarche d’Upcycling, être au contact des personnes et les faire rêver, c’est le défi que je me lance. Ce nouvelle façon de créer, ou plutôt de re-créer permet à terme de démocratiser la mode et de la rendre plus écologique, mais aussi plus solidaire.


« Le Mode Show 1 » défilé de mode éco-responsable a lieu le Samedi 13 Novembre. Salle Watremez, 13 rue de l’Hospice, à Roubaix.

Entrée gratuite sur invitation.




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