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  • Photo du rédacteurPatrick Cabasset

Avec Le Rouge Français, Elodie Carpentier milite pour la coloration végétale

Elle se présente comme « maman et entrepreneur ». Un premier challenge qui en cache beaucoup d’autres chez Elodie Carpentier, co-fondatrice de la maison de bio-cosmétique végane Le Rouge Français. Une green tech qui pourrait servir d’exemple dans la création de nouvelles entreprises responsables; lorsque Mode et Beauté ont les mêmes objectifs.


Elodie Carpentier crée des cosmétiques vegan pour Le Rouge Français

Ingénieure en Biotechnologie (Polytech Marseille 2009) et forte d’un Master en Business et Management (Kedge Business School 2009), Elodie Carpentier aime bien les double challenges. En attente de son second enfant, elle semble plus combative que jamais. Interviews, collaborations et sponsoring de défilés (sa marque rayonnait lors du récent défilé de Rahul Mishka Haute Couture), prises de parole en universités (récemment auprès des étudiants en Master de l’INSEEC) elle n’arrête jamais.

Son discours positif, porteur et militant démontre qu’une entreprise peut évoluer dans le secteur du luxe tout en conservant des engagements forts en faveur de l’environnement.

Pionnière dans la coloration végétale, la cosmétique prend ici de l’avance sur la mode. L’objectif du Rouge Français est le même cependant que celui des jeunes créateurs de mode : surpasser les standards du bio, tout en épousant les codes de désirabilité du luxe. Une philosophie qui a même pu séduire récemment l’archétype de la Parisienne idéale qu’est Inès de la Fressange, tombée sous le charme « des propositions aux propriétés colorielles bénéfiques pour la santé » du Rouge Français.

Le parcours de plus de 15 ans dans l’industrie pharmaceutique et l’arrivée de sa première fille orientent Elodie Carpentier vers des produits sans compromis pour la santé et celle de son enfant. En 2019, elle crée avec Salem Ghezaili, son mari, Le Rouge Français, première maison de maquillage spécialisée dans la pigmentation végétale.


Quand les biotechnologies génèrent aussi de la poésie. Vidéo, Le Rouge Français.


Planet Esmod : Quel élément déclencheur est à l’origine du Rouge Français ?

Elodie Carpentier : La couleur végétale m’a passionnée ! C’est une réponse aux cosmétiques actuels qui sont basés à 99% sur des pigments non durables et controversés issus de la pétrochimie. Et le 1% restant est issu du minéral non durable et non éthique à cause des conditions d’extraction. La bioéthique étant la seule alternative, c’est vers ça que je me suis dirigée.


P. E. : Quels sont les produits à la base de la marque ?

E. C. : J’ai d’abord regardé ce que pouvait donner la couleur à base de plantes tinctoriales. Ce sont des végétaux qui ont à la fois des propriétés colorantes, mais qui sont aussi bénéfiques pour la santé. J’ai fait des recherches, des tests, des voyages au Sri Lanka entre autre, afin de les découvrir. Ça permet de connaître les cultures ancestrales liées à ces plantes et les populations qui en vivent. En France, j’ai découvert la garance qui est liée à un savoir historique qu’on a perdu à cause de l’industrialisation. Au XVIIIe siècle nous étions le premier exportateur de garance, un colorant rouge déjà utilisé par Cléopâtre.


P. E. : Cependant aujourd’hui n’est-il pas difficile d’obtenir des colorants naturels à base de plante ? Dans la mode par exemple l’indigo naturel n’est pas industrialisable à un coût raisonnable.

E. C. : Oui, contrairement à la mode, dans la cosmétique il faut des pourcentages très fins pour obtenir de la couleur. Les principaux ingrédients sont les cires, les huiles, les beurres. Mais rien n’est immuable. Ça devrait être faisable dans la mode aussi. Il faut juste adapter les procédés. C’est pour ça que nous nous sommes investis en amont de l’extraction de la couleur. Nous sommes présent du champs jusqu’aux produits finis. On ne fait pas que breveter des formules. J’ai mon propre laboratoire en interne, une thèse Cifre (Convention Industrielle de Formation par la Recherche) et plusieurs projets de recherches. Pour avoir de bons rendements, il faut trouver le bon procédé. De plus, les champs de plantes séquestrent du carbone, donc ils sont positifs pour la planète.



Ici, Mode et Cosmétique ne sont jamais loin. Lorsqu'ils ont les mêmes objectifs : une meilleur planète !

P. E. : Tout ceci à un coût : comment le répercutez-vous sur les prix ?

E. C. : C’est à cause de cela que nous sommes positionné dans une gamme de prix Premium Luxe. On ne fait pas de la ‘fast beauty’ nocive pour l’environnement. C’est un choix. La qualité de nos ingrédients biosourcés respecte les cultures ancestrales, mais aussi la flore et la faune. C’est un modèle vertueux où fatalement le prix final ne s’adresse pas à la grande distribution. Pour l’instant.


P. E. : En quoi Esmod a pu vous aider ? Et avez-vous d’autres projets avec l’école ?

E. C. : Au début nous avons collaboré sur la partie image, autour du stylisme des mannequins pour nos shooting photo. J’ai aussi mis en avant des jeunes designers d’ESMOD qui travaillent autour de l’éco-responsabilité sur le Vogue X Sofitel Festival où Le Rouge Français exposait. A l’avenir, on peut imaginer créer une branche spécifique ‘couleur végétale’ pour le monde de la mode, mais aussi sensibiliser les étudiants à ces alternatives aux colorants chimiques à travers les végétaux, les champignons, etc. Enfin tout ce que les biotechnologies peuvent apporter à la mode.


P. E. : Vos produits sont-ils également végane ?

E. C. : Oui, j’ai été nommée entrepreneure de l’année par l’association PETA (Pour une Ethique dans le Traitement des Animaux) car tous nos produits sont végane à 100%. Sans produits ou sous-produits animaliers.


P. E. : Comment la mode et la cosmétique peuvent s’allier pour un meilleur futur de ces deux industries ?

E. C. : Les innovations appliquées à la cosmétique peuvent servir dans le domaine de la mode. La couleur végétale d’abord peut être appliquée sur différents matériaux, aussi bien en aéronautique, en automobile, en lunetterie même et bien sûr aux textiles. Il y a là une synergie évidente qui sert une mode plus durable. Et pourquoi ne pas imaginer à l’avenir une collaboration exclusive du Rouge Français avec une marque créative qui se consacrerait entièrement à la couleur végétale… Cependant il faut pour cela élargir la chaîne de valeurs. Ne pas hésiter à intégrer toute la chaîne : du champ jusqu'à la distribution. Ce n’est pas facile, mais c’est faisable.


Chez Le Rouge Français, même le packaging est biosourcé


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