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Téhéran-Berlin : la double identité de Nobi Talai

Mis à jour : 24 avr. 2018



Des lignes claires et sobres, des tissus amples, fluides, légers, un jeu savant de volumes obtenu par des techniques d’enroulement sophistiquée : la femme Nobi Talai fonde sa personnalité sur une dualité singulière. Elle semble à la fois s’être inspirée des tenues nomades perses, des éléments traditionnels de la culture du proche orient, et d’un autre coté, elle paraît s’intéresser de près à tout ce que la mode contemporaine propose de minimalisme et de sculptural. Un mélange délicieux qui confère un caractère expérimental et pourtant parfaitement féminins, et même parfois classique, à l’ensemble des collections de cette marque délicieusement couture.

Nobi Talai est un label berlinois qui propose une mode ouverte sur le monde. Sa fondatrice est Nobieh Talaei qui est née à Téhéran en 1978. Le fil directeur de son travail est sans doute cet amour profond pour l’artisanat traditionnel (où l’on sent une affection particulière pour les tenues que portait sa grand-mère nomade) et une recherche approfondie sur ce que doit constituer la garde robe contemporaine d’une femme en phase avec son époque. Ce mélange s’ épanouit avec maestria au sein de collections simples mais puissantes, des robes, des boléros, des pantalons larges, des capes, en somme des vêtements destinés à toutes les occasions, qui flattent la silhouette et dans lesquels on se sent bien.



Nobieh Talaei quitta son Iran natal à l’âge de 11 ans pour accompagner sa famille en Allemagne. La jeune fille qui rêvait de mode aima immédiatement ce pays féru de design, berceau du Bauhaus, et qui, par son héritage de protestantisme, rejette instinctivement l’ostentation au profit d’un désir de fonctionnalité. Le succès de sites marchands comme Zalando et Mytheresa illustre le dynamisme du secteur de la mode allemande. Plus gros marché d’habillement en Europe, le pays possède une industrie textile particulièrement performante caractérisée par une volonté farouche d’innovation (notamment avec les textiles techniques) et de montée en gamme.


Des marques internationales de premier plan, des figures de proues et des créateurs incontournables sont nés ici. On sent bien que les consommatrices allemandes se tournent en priorité vers des tenues discrètes et confortables, vers le « Funktionskleidung », et qu’elles fuient spontanément tout ce qui pourrait sembler ouvertement trop sexy. Tout cela, Nobieh Talaei le sait bien, elle apprécie ce paradigme, et pour rien au monde, elle ne voulut, lorsque l’occasion se présenta, quitter sa terre adoptive pour d’aller étudier la mode ailleurs.

Sa scolarité à Esmod Berlin lui fournit toute la richesse technique et artistique nécessaire au futur épanouissement de sa propre signature. Profondément cosmopolite, fondamentalement ouvert à toutes les cultures, l’établissement berlinois, qui a également accueilli Damir Doma, se prêta à merveille au tempérament de l’étudiante iranienne.



Berlin est la capital du cool, l’une des villes les plus créatives d’Europe, avec ses innombrables galeries d’art et sa scène musicale électronique, ses loyers modérés pour les étudiants et les artistes, concentrant plus d’entreprises de mode que n’importe quelle autre ville allemande, sa population jeune, avide de nouveautés ; même si Munich est un outsider redoutable, se présentant comme une place forte de la consommation de luxe, attirant riches touristes et investissements, et voyant chaque année l’ouverture de nouvelles boutiques de marques de luxe s’ouvrir sur sa Maximilianstrasse. Depuis le milieu des années 2000, le pays a retrouvé une pleine confiance dans ses capacités de séduction ; la grande journaliste Suzy Menkes, elle même ex-esmodienne, n’a t’elle pas déclaré l’année dernière au magazine Business of Fashion : ‘’ « This could be Germany’s moment » ?


Dans la noble tradition héritée du Bauhaus, typiquement allemande, la vestiaire sobre, pratique et de qualité créé par Nobieh Talaei, entre aussi en résonance avec son héritage personnel, sa culture iranienne. Une double identité que les professeurs d’Esmod Berlin lui ont appris, pas à pas, à creuser, à canaliser, et au final, à exalter comme un fil conducteur, comme l’essence de son futur label, créé en 2015, présenté avec succès à la Berlin Fashion Week, et aussitôt repéré par le Fashion Council Germany (fondé en 2015) qui organise notamment à Paris, pendant les semaines de la mode, un salon de la mode berlinoise (Berliner Mode Salon) avec le soutien de Condé Nast. Cet événement a mis en lumière, lors de la Fashion Week parisienne, les labels berlinois les plus prometteurs, comme Nobi Talai. Et ce en présence de Suzy Menkes et de Karl Lagerfeld.


A l’image de Jil Sander qui a parfaitement incarné les anciennes valeurs allemandes auxquelles se sont ajoutées naturellement des capacités d’adaptation et d’improvisation nourries par des contre-cultures très fortes, le label Nobi Talai – trois collections à son actif – est le résultat d’une nouvelle génération de créateurs qui s’émancipent peu à peu du poids de la tradition sans la renier, issu d’une immigration qui enrichit ses horizons esthétiques, est la magnifique incarnation du vent de fraîcheur qui souffle aujourd’hui sur la mode allemande.

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