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Sébastien Meunier, passion radicale…

Mis à jour : 24 avr. 2018

Sébastien Meunier est depuis 2 ans, directeur artistique de la maison belge, Ann Demeulemeester. A sa sortie d’ESMOD, il remporta en 1998 le prix homme au Festival d’Hyères pour sa collection « Senior Maniac ». Cette collection sulfureuse en cuir scarifié, de chair et d’os, n’avait pas laissé insensible la profession. Dans le jury, il avait rencontré Jean Colonna, l’un des créateurs stars des années 90 (promotion Thierry Mugler et Claude Montana), qui l’avait embauché dans la foulée. Parallèlement Sébastien avait monté sa propre boite, une expérience qui dura 7 ans. « street, intello, dérangeant, pointue….collection mise en scène d’un personnage, d’une intimité….un des grands précurseurs d’aujourd’hui. Puis, ce fut 10 ans d’une grande aventure dans l’équipe de Martin Margiella…. Il revient pour nous sur son brillant parcours de créateur.


« A Esmod, j’étais une bête à concours….je suis d’ailleurs rentré à l’école par un concours en sortant d’un DEUG de droit avec mention. Puis j’ai gagné un concours Mattel, avec deux prix pour ma Barbie…Ces concours m’ont aidé à financer en partie ma scolarité et mon premier voyage à New York. J’ai même réussie à faire une 4 ème année de Master, ce qui m’a permis de monter ma collection pour le Festival de Hyères. Annette Goldstein, la directrice de l’école m’avait prise sous son aile, je crois qu’elle croyait vraiment en moi, et l’école m’a aidé beaucoup sur le financement des ces longues études et la préparation de ce concours. J’ai beaucoup appris techniquement, les études de modélisme sont essentielles, cela m’a beaucoup servi, je sais ce que je veux avec précision. « Et il savait très précisément ce qu’il voulait et où il voulait aller, un garçon intelligent, précis, adorable sous des allures quelque peu extrêmes » nous confirme Claire Warnier son professeur de modélisme de l’époque, qui a conservé ces photos pour l’école.


Sebastien Meunier et Patrice Desilles – équipe


J’étais timide mais têtu et très déterminé…et cette première confrontation face à une sélection de collections très conceptuelles presque exclusivement Belges ou Hollandaises, c’était un vrai challenge, je ne croyais pas trop à mes chances. Pourtant cette collection plus charnel voir sexuelle, était sans doute rafraichissante pour le jury. Dans le jury, il y avait Jean Colonna qui m’a embauché, Maria Luisa qui m’a acheté, Jean Louis Beaumont m’a offert ma première vitrine, Didier Grumbach qui m’a toujours soutenu et suivi. Mais il y avait aussi Maida et Frédéric Sanchez et Jean-Pierre Blanc, le début d’un réseau…tous ces gens m’intimidaient terriblement et la profession est dure. Je dois l’avouer, mais ce réseau m’a vraiment aidé à me construire, c’est essentiel, les bonnes personnes au bon moment. C’est par défi que j’ai monté ma boite, un article de presse l’avait annoncé et je l’ai fait…l’aventure a duré, je ne savais pas si ça marcherait jamais, mais les doutes ne m’empêchaient pas de faire, je suis un peu inconscient parfois, je tente tout comme je le sens. A l’époque Jean-Luc Dupont était mon attaché de presse, il m’a aidé de toutes ses forces et j’étais très bien défendu. Je ne voyais pas ça comme la fondation d’une maison, mais comme un moyen de parler de moi. Ma première collection justifiait ma personnalité, ma sexualité, mon mode de vie. Ma manière d’aimer, ma façon d’être. Et j’ai voulu continuer, en touchant plus de public. J’ai dirigé une maison qui n’en a jamais vraiment été une. C’était une sorte de laboratoire personnel pour me décrypter moi-même. Mon but n’était pas d’avoir mon nom en lettre d’or, mais d’offrir une lecture de mon personnage. C’était un moment un peu égoïste, une phase de recherche. » La première collection après Hyères est présentée aux professionnels au salon Casabo avec un premier défilé à Paris dans le théâtre de l’Espace Cardin.



Les collections s’enchainent régulièrement sorte de journal de bord, de collection de mise en scène d’un personnage et ou nul de pouvait déterminer la part du fantasme et de la vérité. Des collections selfies avant l’heure, aux titres évocateurs « super hero » « roseland » »homme sandwich » »bodypack ». « J’ai compris très jeune que la mode serait mon mode d’expression. Dire qui j’étais, à travers le vêtement. J’avais absolument besoin d’exprimer quelque chose de très personnel. Et chez moi, ce qui est intime passe par le corps. La mode, c’est la représentation de soi-même, face au monde. Sans avoir besoin de parler, se situer dans le contexte par sa seule présence.



Et pourtant j’étais un sauvage, et je n’ai jamais été stagiaire et je n’ai jamais envoyé un CV, j’ai du mal à aller vers les autres, même si je me soigne. Je n’aurai jamais osé aller frapper à la porte de Martin Margiela ou d’Ann Demeulemeester. Ils sont tous les deux venus me prendre par la main et ont vu quelque chose en moi que je ne connaissait pas. Ils m’ont très généreusement adopté dans un pays ou l’on ne l’attend pas particulièrement les créateurs français. « Je pense que Martin a vu en moi des choses que je n’avais pas encore compris moi-même. Il a su avant moi que j’étais fait pour cette maison. » Paradoxe, le jeune homme qui avait pour concept premier de mettre en scène lui même tout entier rencontrait alors l’inventeur de tous les concepts de la mode d’aujourd’hui, celui en particulier de ne pas avoir de visage. Aussi, quand, en 2005, Margiela lui confie la ligne homme, c’est avec la mission d’y ajouter sa part de sensibilité, et une touche plus sexuée mais non incarné…un challenge. Entre 2000 et 2010, où il dessine d’abord la ligne MM6 pour femme, puis les lignes 10 et 14 pour hommes, une mode n’est pas un outil de paraître, mais le fruit d’une recherche d’authenticité. « C’est aussi ce que Ann a fait toute sa vie : par ses créations, elle a parlé de sa vie, de son entourage, elle a matérialisé des sentiments forts. Son travail a toujours été profondément honnête. Même si on a des points de départs assez différents, on se rejoint sur la sincérité comme base de recherche. Nous créons tous les deux une mode personnelle et identitaire. ». La mode de deux poètes rebelles…dans un article du Monde il déclarait à Carine Bizet : « « Ann est plus Patti Smith, je suis plus Robert Mapplethorpe. Ann a une vision psychologique, la mienne est plus charnelle. Pour moi, les vêtements sont toujours posés sur un corps, cela comptait moins pour Ann. Je ne sais pas ce qu’elle ferait aujourd’hui, et il est inutile de se plonger dans l’angoisse. Je dois prolonger une belle histoire, c’est la seule pression que je me mets. »













photos collection Hiver 2015/16 collection Ann Demeulemeester

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