• Patrick Cabasset

Maxy Lala : Une nouvelle féminité revendiquée

Dernière mise à jour : 25 oct.

Trouver un travail-passion de premier plan en sortant à peine d’ESMOD ? Un challenge qui n’est pas si rare,... Avec un bon réseau. Démonstration.


Maxy Lala

Dans la vie l’apprentissage ne s’arrête jamais. Même pour les meilleurs, le chemin est souvent long entre le diplôme de l’école de mode et la consécration sur un podium. Sauf pour Maxy Lala qui est passée directement d’ESMOD à la direction artistique d’Unix. Une nouvelle marque qui a même eu le privilège de défiler durant la récente semaine de la mode de New York !

Née en Thaïlande, Maxy Lala (ou Maxy Harnsongkram) y a poursuivie ses études jusqu'à sa quinzième année. Elle enchaine ensuite sa scolarité aux Etats-Unis. D’abord dans le Wisconsin puis à Washington DC. C’est là qu’elle déclare une véritable passion pour le style et devient présidente du club de mode de son lycée. C’est donc naturellement vers la mode que se dirigent ses recherches d’études supérieures. « Comme j’avais commencé à étudier le français, c’est vers une école de mode française que je me suis évidemment tournée, précise Maxy. ESMOD était mon premier choix et c’est ce que j’ai obtenu. Je suis donc partie pour Paris en 2018 et j’y suis resté 3 ans ».


Robe d'ouverture du concours Miss Universe Thaïland 2022. Robe signée Maxy Lala. Illustration de Peppy (@perpetua.smith)

En 2020, durant la pandémie de Covid 19, elle décide cependant de retourner en Thaïlande. Là, elle devient assistante pour l’entreprise Unkuniya. Sur ce terrain concret, elle applique les leçons de ses deux premières années en design et en style. Elle pratique le drapé, réalise des patronages et développe des broderies. De retour à ESMOD Paris en 2021, elle décide de se spécialiser en Lingerie. « Je voulais apprendre à réaliser des corsets et des pièces qui définissent le corps à la perfection, poursuit-elle. Je voulais pouvoir utiliser des matières délicates, comme la dentelle, et leur imposer des finitions impeccables ».

Sortie de la promotion 2022, elle reçoit quelques propositions de stages qui ne correspondent pas vraiment à ses aspirations. Même forte d’une main précise et d’un sens du travail acharné, sa vision plutôt conventionnelle d’une féminité exacerbée ne rencontre pas forcément celle des marques de lingerie locales. Mais parallèlement, une amie, Angie Sankosik, était en train de lancer sa marque, Unix. Cette dernière lui demande d’en prendre la direction artistique autour de trois thèmes : Univers, Uniforme et Unisexe.


"Je veux promouvoir la féminité pour tout le monde, même pour les hommes". Maxy Lala.


Planet Esmod : Votre début de carrière semble miraculeux. Comment est-ce arrivé si rapidement ?

Maxy Lala : En fait, la mère de mon amie Angie est propriétaire de la société TPN Global. Chaque année cette compagnie organise des concours de beauté comme Miss Thaïlande et Miss Univers Thaïlande. Elle décline aussi sa marque MUT (Miss Univers Thaïland) à travers de produits bien-être et des cosmétiques à l’écoute des aspirations de nouveaux groupes sociaux, dans la sphère LGBTQI+ par exemple. La déclinaison de l’esthétique de ces concours à travers des marques de mode dédiées est aussi devenue une évidence. C’est pourquoi TPN Global a décidé de lancer non pas une, mais trois nouvelles marques autour de ses concours. Organisant des événements de prestige pour ses Miss dans le monde entier, cette année c’est à New York que l’événement principal avait lieu. Et comme les dates correspondaient à celles de la semaine de la mode de New York, nous en avons profité pour présenter notre marque Unix lors d’un défilé. Ce défilé intitulé Neorama, regroupait les trois marques, développées grâce au concours de TPN Global : Hirun, Privée et Unix.

P. E. : Vous semblez très engagée en terme de droits sociaux et sexuels, arrivez-vous à traduire cela à travers votre collection et comment ?

M. L. : Oui, absolument ! Les vêtements que je réalise sont en effet toujours un peu provocants pour la haute couture. Ils dévoilent beaucoup le corps et la peau. Je trouve cela très responsabilisant et ça affirme la personnalité.

P. E. : Est-ce que cette promotion de la féminité à travers l’habillement est devenue votre combat ?

M. L. : Oui, aujourd’hui les marques, la rue et même l’industrie de la mode essayent de réduire la féminité et ses marqueurs spécifiques. Dire d’une personne quelle est ‘féminine’ n’est plus une qualité. Au contraire, mon style est résolument féminin. Et résolument sexy aussi. Moi, je veux promouvoir cette féminité pour tout le monde, même pour les hommes. Pour les femmes bien sur, mais pour les femmes trans aussi. Tout le monde peut devenir féminin !


Deux créations lingerie signées Maxy Lala lors du défilé de la promotion d'ESMOD 2022

P. E. : Après ce défilé réussi, quels sont vos projets désormais ?

M. L. : Je suis toujours en train de travailler sur Unix, qui est une création de marque, donc sur la collection mais aussi sur l’image de la marque. Parallèlement, je travaille également sur ma propre collection, Maxy Lala, qui sera différente. Pour Unix la ligne est cool, street, décontractée et légèrement plus masculine, un peu unisexe pour femmes et pour hommes.

P. E. : Quels sont les qualités que vous retenez de l’enseignement à ESMOD ?

M. L. : J’aime que cette école se concentre sur le modélisme contrairement aux autres écoles. Et que l’on réalise entièrement des modèles, du dessin jusqu’aux dernières finitions. Ce sont les capacités techniques de l’école qui font la différence.

P. E. : Quels conseils donneriez-vous aux actuels étudiants d’ESMOD ?

M. L. : Il faut apprendre à se concentrer sur son travail, exécuter les choses consciencieusement mais rester soi-même. Parfois, il ne faut pas hésiter à consacrer du temps aussi afin de convaincre de ce que l’on veut vraiment réaliser.

P. E. : Si c’était a refaire, referiez-vous vos études ici ?

M. L. : Je referais passionnément, encore et encore, ma collection de dernière année !

P. E. : Quelles marques d’aujourd’hui vous semble capables de rester populaires dans le futur ?

M. L. : Vraiment, je ne sais pas, mais j’espère que Maxy Lala sera l’une d’elles !


Ensemble Blaze par Maxy Lala

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